Voilà un article que je souhaitais écrire depuis longtemps…

Au vu de la naissance de cette technologie, il est encore difficile de faire une analyse approfondie mais au moins inspecter les bouleversements que peut induire le développement de cette technologie à la fois en termes de gouvernance et de modèle économique.

En effet, autant les projets actuels sont beaucoup étudiés sous le spectre technique et communautaire, autant l’analyse de la gouvernance et du modèle économique sous-jacent est encore trop peu abordée.

Au-delà de l’analyse fondamentale que nous pouvons faire des projets, j’ai aussi questionné un panel de porteurs de projets afin de mieux connaître leur mode de fonctionnement et leurs visions des modèles économiques associés à la technologie blockchain. Je ne veux pas ici juger des choix qui ont été faits mais simplement analyser les logiques et les modèles et essayer d’en appréhender les limites, les potentiels afin d’explorer les différents modèles en construction dans cet espace d’innovation permanent.

Je remercie donc les équipes de Monero, Gamecredits, Dash, Sia, Auroracoin, Synereo, Blackcoin, Lykke, Lisk et Shadowcash pour leurs contributions.

L’article sera composé en deux parties :

  • Les ICO/Premine
  • La gouvernance associée aux modèles économiques

 

  1. ICO/Premine

Les ICO (initial coin offerings) constituent une véritable révolution dans  le financement de projets.

Les formes les plus innovantes de crowd funding, appelées Crowdequity, permettent à des particuliers d’investir dans des entreprises classiques en échange de la prise de participation sous la forme d’actions. Dans une ICO, l’investisseur se voit ici détenteur d’actifs digitaux.

Il s’agit donc d’une sorte de financement participatif d’un nouveau genre permettant une décentralisation complète et mondiale mais avec la détention d’un actif appelé token ou crypto monnaie en fonction des projets. Ce sont donc des actifs digitaux particulièrement spéciaux puisqu’ils font partie intégrante du projet. Sans ces assets digitaux, le projet ne pourrait exister. C’est une prise de participation réelle et une intégration dans le système de sécurité de la blockchain. Enfin, il met tous les citoyens, ayant une connexion internet, à égalité de chances dans la possibilité d’acquérir une participation dans des projets mondiaux.

LISK fait partie de ces projets dont l’ICO a dépassé toutes les espérances. Comme le rappelle l’équipe de LISK, chaque crypto monnaie basée sur du proof of stake, doit commencer par une distribution initiale car la sécurité du réseau est basée sur la mise en jeu (POS). Dans le cas de LISK, 100 millions de lisks ont été distribués et 14050 BTC ont été recueillis afin de financer le projet. Ce résultat constitue une des meilleures levées de fond après Ethereum. Ce pactole géré par une fondation peut permettre de financer le développement du projet pendant plusieurs années.

Les porteurs de projet de  LYKKE ont, quant à eux, fait une levée de fond à la fois via une ICO qui a permis de recueillir 1,16 millions de Francs Suisses et une autre levée par du capital risque classique. Leur statut juridique leur a donc permis d’évoluer en profitant des différentes solutions pour acquérir des financements. SIA a choisi le même mode opératoire pour leur levée de fonds avec une ICO moins productive (100 000 dollars) et une levée de fonds par capital risque. Encore une fois, le statut juridique et la gouvernance sont déterminants dans les options choisies ou/et à disposition pour recueillir les fonds initiaux.

Le premine, quant à lui, est le fait de miner une crypto avant de le rendre disponible au public. Cela permet de se faire une réserve de valeurs qui pourra ensuite être revendue sur les marchés classiques pour générer des capacités de financement au projet. Bien sûr, beaucoup de projets ont exploité le premine de façon pernicieuse afin d’escroquer les futurs acheteurs. C’est un schéma d’arnaque classique dans les crypto monnaies.

Mais d’autres projets sérieux le considèrent au contraire comme un modèle économique destiné à assurer le développement du projet pendant un certain temps. Au fil du temps et des besoins, les actifs détenus pourront être vendus afin de financer une partie ou la totalité des besoins du projet.

Cependant le premine a ses limites. Soit c’est un pourcentage faible afin de rassurer la communauté et les potentiels investisseurs mais il limite rapidement les capacités de financement du  projet dans le temps, soit le premine est important, permettant ainsi un flux de financement plus durable, mais décrédibilise complétement le projet, le laissant bien souvent mort-né aux yeux de la communauté.

Sans connaître les fondateurs d’auroracoin, le premine très important (50%) a tout de suite jeté un froid dans la communauté. Pour autant, la logique qui sous-tendait ce choix n’était pas absurde et pouvait tout à fait s’entendre. Le but étant à la fois de générer une part d’autofinancement et à la fois de permettre à tous les islandais de récupérer une part égale de la crypto monnaie puisque la monnaie avait pour vocation d’être nationale avant tout. Sur les 10 millions de premine, 4 millions ont été récupérés par les islandais, 1 million conservé pour les créateurs par l’intermédiaire d’une fondation et 5,5 millions ont été brûlés car non réclamés par les islandais concernés. Les créateurs ont été mal perçus par la communauté pour finalement n’avoir que 130000 dollars de capacité d’autofinancement.

Nous parlerons plus loin des choix effectués par MONERO, BLACKCOIN et DASH puisque ces trois projets n’ont fait ni premine, ni ICO afin de financer leur développement, ce qui induit des contraintes et nécessite de la créativité afin de mener à bien le développement de leur projet.

Les deux systèmes ont des avantages et des inconvénients. L’ICO, si elle permet de lever des fonds rapidement, s’apparente à du crowdfunding dans sa mise en œuvre. Il faut donc réaliser une présentation du projet qui permette d’attirer les regards et donc les financeurs potentiels.  Or, beaucoup de projets ayant fait des ICO ont vu le cours de leur action surévaluée lors de celle-ci, ce qui a engendré une dévaluation progressive de la valeur au fil des semaines pour bien souvent ne jamais atteindre le prix initial. Aujourd’hui, beaucoup d’investisseurs se trouvent échaudés par leurs précédentes participations à des ICO, impactant ainsi la crédibilité de l’ensemble des nouveaux projets dans les crypto monnaies. La fixation du prix du token lors de l’ICO est à ce titre déterminante. Car le temps étant bien souvent très long avant la mise en production des projets, la fluctuation de la valeur n’est que simple spéculation qu’il faut entretenir de peur de voir le cours s’effondrer, faisant perdre ainsi de l’argent à l’ensemble des investisseurs initiaux.

De plus ,une ICO doit être bien ajustée et réfléchie dans un plan global de financement. La réalisation d’une deuxième ICO peut affaiblir la crédibilité du projet par rapport à sa gestion des fonds.

Le premine est aussi compliqué dans sa mise en œuvre. Le pourcentage doit être bien analysé, tout comme le nombre de tokens disponibles sur le marché à terme. C’est un point qu’il est important de préciser et qui fait partie intégrante de la vision du projet. Ce sont des vrais choix stratégiques. Un supply total de 100 milliards est très différent d’un supply total de 10 millions. C’est pourquoi  je disais dans un tweet que le nombre de bitcoin disponibles à terme, 21 millions, est une orientation stratégique capitale. Certains me diront que sa divisibilité en mBTC peut permettre de changer de perspective mais je n’en suis pas du tout convaincu. C’est pourquoi le choix des mineurs de ne pas vouloir implémenter des solutions permettant de s’adapter à la demande toujours plus forte en transactions est un choix finalement cohérent avec ce critère initial. Même si je ne pense pas que cela ait été calculé lors de sa création, le bitcoin va, à mon humble avis, tendre vers un bien rare et donc coûteux. Cependant je ne suis pas sûr que cette stratégie soit suffisante dans sa capacité de résilience. Mais cela peut évoluer et la communauté bitcoin peut faire preuve d’une capacité de rebond avant de réorienter ce choix qui fait apparemment aujourd’hui sens pour la communauté des mineurs…

De la même façon, le nombre d’actions sur les marchés classiques indique souvent un peu le positionnement de la marque. Le nombre d’actions émis par TOTAL (2,5 milliards – 41,90 dollars)) ou ORANGE (2,6 milliards – 13,61 dollars), sont très différents de celui de LVMH (500 millions – 160 dollars)) ou l’OREAL (559 millions – 162 dollars), et cela se retrouve dans la valeur des cours. Ce positionnement « luxe » se retrouve dans le marché boursier qui s’apparente énormément aujourd’hui au marché des crypto monnaies. Je pense que ce critère est peu pris en compte dans la création de crypto monnaie. Les créateurs souhaitent généralement que la valeur puisse être significative rapidement grâce à la création d’un sentiment de rareté au détriment d’une valeur basse mais d’un potentiel croissant pour une adoption mondiale avec un prix qui resterait une valeur acceptable pour la population.

L’avantage d’un supply faible dans le cadre d’un premine peut permettre d’espérer avoir des gains significatifs rapidement pour financer le projet. Un supply élevé aurait tendance à pénaliser les créateurs sur les revenus initiaux mais permettrait de générer des revenus plus importants dans un second ou troisième temps. Cela nécessiterait de faire  progresser le projet significativement avec moins de financement au commencement. Le premine pourrait alors avoir une vocation de financement secondaire et non plus initial comme il est pensé actuellement.

Les ICO et les premines sont donc aussi des composantes essentielles dans la mise en place de la gouvernance des projets et des modèles économiques et ce sera l’objet du prochain article.

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