1.2 Analyse des coûts de mining

Tout d’abord, je vais commencer par remercier toutes les personnes sur les différentes communautés françaises Discord qui m’ont permis d’améliorer mon analyse grâce à des critiques constructives et de la faire évoluer ainsi vers un résultat plus juste et plus représentatif.
Cet article fait donc suite à celui sur les stratégies des acteurs miniers. nous allons nous attacher à regarder plus en détail ce qui peut constituer une base d’analyse de ces flux économiques rampants attachés au consensus proof of work :
Commençons par décrire un terme important, celui du hashrate :
« C’est une unité de mesure de la quantité de puissance de calcul consommée par le réseau de chaque altcoin pour fonctionner en continu. Le taux de hachage d’un ordinateur peut être mesuré en kH / s, MH / s, GH / s, TH / s, PH / s ou EH / s en fonction du nombre de hachages par seconde produit. Cette métrique permet de voir au fil du temps l’allocation de la puissance de hachage par les mineurs sur le réseau afin d’obtenir les blocs.»
Ce facteur permet donc d’avoir une évaluation économique de la valeur du réseau à un instant T. Cette évaluation est bien entendu soumise à des variations telles que l’on peut le voir sur ces courbes issues du site : https://bitinfocharts.com (voir hashrate Bitcoin/litecoin)

En analysant le hashrate network derrière un ensemble d’altcoin proof of work, l’idée était d’évaluer les investissements réalisés sur chacun d’eux à l’échelle d’une année par les mineurs qui peuvent être aussi bien des individus isolés que des grandes fermes de minages avec des moyens pour le moins conséquents. Pour cela, il faut à la fois se baser sur le hashrate et avoir une évaluation du coût nécessaire en fonction de l’algorithme pour atteindre ce taux de hashrate sur le réseau. Nous avons à notre disposition 2 sites internet qui peuvent nous permettre de réaliser cette analyse :
Hashrate du réseau : https://whattomine.com/
Evaluation du coûts nécessaires pour atteindre ce hashrate : https://www.nicehash.com/marketplace
Nous partirons également du principe que l’entreprise NiceHash qui permet à ses clients d’acheter du taux de hash inclut dans ce prix l’ensemble des coûts, des charges variables ainsi que les amortissements liés à leur investissement en matériel minier. Donc ,que ce prix de vente est un prix de revient auquel vient s’ajouter, nous l’espérons pour NiceHash, sa marge brute.
Je vais partir du postulat que, Nicehash étant leader du marché, le prix ne contient pas de hausse abusive de tarif, et donc que nous pouvons considérer le prix comme suffisamment proche du coût réel d’un mineur.

Voici donc ce que nous obtenons en compilant les données des différents sites : (calcul réalisé en avril 2019)

 

Tout d’abord, les lignes grisées correspondent aux données que je n’ai pas pu récolter. Notamment des algorithmes tel que Skein, Groestl ou Ethash. Cela fausse les résultats concernant les altcoins concernés, soit car c’est le seul algorithme par lequel il est possible de les extraire (ETH, Callisto, Groestlcoin), soit parce que cela correspond à un des algorithmes possibles (Verge, Digibyte, Myriad) et je ne suis pas capable d’estimer si cela représente une grande ou une infime partie du coût total estimé.
Cela étant précisé, nous avons donc 2 indicateurs importants qui doivent nous permettre d’analyser l’économie mining derrière chacun des altcoins POW :
Le Cost per year Hash qui représente l’évaluation économique annuelle du réseau de chaque altcoin,
Et le ratio cost per year/Marketcap qui doit permettre de mettre en avant les incohérences entre le classement au marketcap et l’évaluation économique du réseau. C’est ce ratio qui constitue le critère d’évaluation finale et qui doit donc nous permettre de distinguer les altcoins les plus intéressants au regard de ce schéma d’analyse.
Je suis parti du principe que le ratio obtenu par le Bitcoin constitue le point de ratio d’équilibre (0,05). Ce qui est en dessous est donc sous investi au niveau minier, et ce qui est au dessus est surinvesti plus ou moins fortement par rapport à ce que le classement au marketcap le laisserait penser, donc qu’il y a un intérêt à priori plus fort puisque les investissements miniers seraient plus conséquents. J’ai ensuite divisé le ratio obtenu en deux colorations :
En bleu ceux s’échelonnant de 0,1 à 1
En vert ceux supérieurs à 1
Il s’agit donc d’un résultat brut qui doit permettre de déceler où se situe l’activité minière (investissements miniers en cours) et les coins sur lesquels on peut identifier un décalage entre la valeur du marché (marketcap) et le coût annuel du hashrate. Ces résultats nous permettent de visualiser les flux d’investissements miniers et leurs cibles.
Dans les critères supplémentaires et que l’on retrouve notamment dans le cadre du Grin et du Beam, comme l’a souligné une personne lors d’une conversation que j’ai pu avoir avec elle, il faut tenir compte de l’inflation qui est très importante pour les 2 projets, avec plus de 27 millions de coins créés dès la première année pour les deux cryptos monnaies. Malgré tout et après réalisation d’une analyse complémentaire orientée sur l’impact de l’inflation, je pense que l’inflation n’est pas un facteur déterminant pour cette analyse globale. Par contre, l’attention portée à ce facteur est déterminant pour choisir son point d’entrée si l’on souhaite investir sur celui-ci. La rentabilité du minage doit aussi servir de critère supplémentaire. Dans la définition des stratégies des mineurs comme j’ai pu en faire l’hypothèse dans le début de cet article, une forte rentabilité immédiate encourage les mineurs à vendre au cours et donc à exercer une pression vendeuse permanente sur le cours. Pour suivre la rentabilité il faut se diriger également sur le site whattomine et faire des comparaisons avec les différents types de cartes graphiques pour suivre l’évolution de la rentabilité au fil du temps des différentes crypto monnaies.
On pourrait par ailleurs ajouter une évaluation des investissements liés aux masternodes, ou du moins à la séquestration de cet investissement. Il faudrait, en théorie, y appliquer un facteur spécifique afin de ne pas impacter celui-ci en coût annuel mais il semble difficile d’établir ce coefficient d’une manière neutre. Les analyses que j’ai pu réaliser n’ont pas pu m’apporter des éléments concrets ou me permettant d’être plus efficace dans mon analyse. Cependant d’après mon expérience, excepté l’impact que les masternodes peuvent avoir sur la diminution du supply disponible, les stratégies des possesseurs de masternodes sont assez similaires aux stratégies des mineurs, à l’exception du collatéral nécessaire pour les mettre en place. Cependant, les moindres coûts liés aux masternodes (simple VPS) peuvent accentuer la stratégie du holding à celle de la revente au cours du jour. Je pense donc pour ma part que les masternodes captent le supply disponible, génèrent peu de pression vendeuse au linéaire temps mais que cela accentue les forces de vente épisodiquement, notamment lors des montées en valeur du cours, ce qui peut avoir tendance à augmenter la pression de vente dans ces moments là.
Les facteurs liés à l’inflation, la rentabilité, ou l’existence de masternodes ne sont pas des facteurs , de mon point de vue, qui vont venir biaiser les résultats présentés. Pour autant, ils apportent des informations complémentaires très riches pour ceux qui souhaitent approfondir leur connaissance ou leur stratégie afin d’investir sur un altcoin.

1.3 interprétation des résultats

Pour ma part, le fruit de cette analyse vient confirmer des intuitions que je pouvais avoir, notamment sur l’intérêt spéculatif que peuvent générer le Grin et le Beam, tous deux promoteurs de la technologie Mimble Wimble. Je ne vais pas étayer ici mon avis sur ces deux projets, d’autant que cela a déjà été fait par un très bon auteur français dont vous retrouverez les articles ici 

Cependant, contrairement à cet auteur, je pense que les deux projets sont très intéressants du fait de leurs différences notoires. J’ai évoqué brièvement mon analyse dans cet article : https://block-chain-invest.com/presentation-des-meilleurs-lowcap-2019-2020/
Le Dogecoin est lui aussi très bien placé dans mon analyse. Cependant, ce résultat se trouve faussé par le merged mining des mineurs du Litecoin. En effet, le Dogecoin bénéficie du hashrate du litecoin puisque ceux-ci minent les deux en même temps et ce depuis 2014. Vous trouverez plus d’informations ici :
https://medium.com/altcoin-magazine/merged-mining-how-dual-mining-of-cryptocurrencies-works-98323ea57529
On voit d’ailleurs que les taux de hashrate de Dogecoin ont la même évolution que la crypto sur lequel le merge mining est adossé.

Cependant, cela veut également dire que l’intérêt spéculatif pour le dogecoin est fortement lié à celui pour le litecoin. De plus, contrairement au Viacoin qui bénéficie du merged mining « Litecoin » également, l’inflation n’a pas de fin pour le dogecoin, alors que pour le Viacoin, le supply maximum disponible est bientôt atteint, ce qui risque de fortement diminuer l’intérêt pour ce dernier dans les années à venir. Ma conclusion personnelle sur le Dogecoin est que celui-ci reste un objet spéculatif de qualité. En effet, le Litecoin est un altcoin très solide et implanté dans le paysage depuis de longues années et les mineurs du litecoin sont pour certains parmi les plus gros acteurs miniers de l’ecosystème mondial. Le dogecoin étant pour eux un facteur de rentabilité supplémentaire important (variable d’ajustement possible aussi), je pense que la spéculation autour du Dogecoin continuera d’exister tant que le merge mining du Litecoin et du Dogecoin existera. C’est une sorte de symbiose naturelle entre les deux coins, bien que le premier, voir le seul, bénéficiaire soit clairement le Dogecoin puisque le Litecoin n’en tire aucun bénéfice si ce n’est qu’il permet d’augmenter la rentabilité potentielle de ses mineurs.
Les altcoins en bleus sont pour moi des altcoins dont le ratio Hashrate/marketcap est intéressant. En se plaçant en tant qu’investisseur, je dirais que l’activité minière est suffisamment conséquente pour penser que c’est un objet spéculatif vivant et que l’intérêt pour celui-ci reste important. En période de bearmarket, il est intéressant de pouvoir faire le tri entre les altcoins POW soutenus par une activité minière consistante et ceux qui reposent « uniquement » sur un aspect spéculatif et qui pourraient disparaître du jour au lendemain. Je pense notamment au bytecoin, Einsteinium ou Peercoin dont les activité minières insignifiantes démontrent le faible intérêt minier à leur égard, et donc que ceux-ci s’apparentent plus à des objets spéculatifs hautement sulfureux. Partant de mes hypothèses émises au début de cet article, je pense que lorsque des acteurs ou des groupes d’acteurs « investissent » économiquement sur une activité minière, il sera de leur intérêt que la valeur de leur production soit valorisée par le haut. Il y a donc moins de risques à investir sur ceux là que sur ceux qui ne sont soutenus par aucun investissement et acteur miniers. Dans une stratégie d’investisseur, même si cela semble une évidence, il faut analyser les cycles de hausse et de baisse de ce type d’altcoins (en bleu), surtout les anciens qui ont connu des cycles répétés, et investir dans les points bas puis faire preuve de patience. On l’a vu récemment sur le Monacoin, où malgré les faibles volumes, le peu d’ordre d’achat pendant des mois, celui-ci a vu son prix considérablement augmenté passant de 0,5$ à 3,5$ en l’espace d’un mois et demi. Alors qu’il est difficile de savoir sans cette analyse au préalable, si le coin est mort ou vivant, et si il peut effectivement se réveiller et reprendre de la valeur au bout d’une longue période de bearmarket, cette analyse « mining » permet de diminuer les risques et de prendre des positions sur des altcoins, à priori, moins exposés car soutenus par des acteurs miniers et donc au cœur d’intérêt économique bien vivant.

Cette analyse « mining » est donc un outil qui a pour objectif :

De déceler des intérêts spéculatifs latents
De faire apparaître les décalages importants entre les investissements miniers et le classement au marketcap [en vert]: cela permet de déceler ceux qui auraient le plus de potentiel spéculatif latent. (dans notre analyse Beam & Grin)
De distinguer les objets purement spéculatifs non soutenus par une activité minière consistante [en bleu] : ceci permet d’investir sur des altcoins à priori moins spéculatifs que les autres puisque soutenus par des acteurs ayant un intérêt économique (Dogecoin, Ravencoin, Vertcoin, Monacoin,…) contrairement à des Bytecoin, Verge, et autres einsteinium.

On remarquera par ailleurs que dans les altcoins ayant réalisé de belles performances durant le mois de mai et juin, nous retrouvons des altcoins faisant partie des altcoins mis en évidence dans cette analyse : Zcoin, Monacoin, Beam, Grin, Litecoin,… Avec une menion spéciale pour le Beam et le Grin qui ont clairement surperformé le secteur des altcoins POW durant ces dernières semaines. Ceux n’ayant pas aujourd’hui répondu positivement à cette analyse malgré l’intérêt démontré par cette analyse restent des valeurs sûres du marché, je pense notamment au Ravencoin, Dogecoin, Vertcoin, Horizen. Attention je ne dis pas qu’il n’y aucun risque, je dis qu’il est bien moins risqué statistiquement parlant, et au vu de cette analyse d’investir sur ce genre d’altcoins.
Ou outre, je pense que cette analyse aurait pu également permettre de détecter l’engouement minier et spéculatif derrière le Ravencoin, tout comme il le permet aujourd’hui sur le Beam et le Grin. Le Ravencoin ayant, sans conteste, réalisé la plus belle progression en valeur du 1er trimestre 2019.
Enfin, il aurait été intéressant de faire ce travail avec des altcoins lowcap récents, c’est à dire se situant en dessous de la 300ème place au marketcap et ayant moins d’1an d’existance. Or, le problème c’est que ces projets utilisent des algorithmes spécifiques non présents sur des sites du type Nicehash et il est donc difficile de pouvoir réaliser ce type d’analyse aussi facilement que ce que j’ai pu faire grâce au site NiceHash. Il faudrait faire un travail réel avec des mineurs afin d’évaluer le coût du hashrate et de détecter au plus tôt, les altcoins récents qui suscitent l’intérêt spéculatif des mineurs. J’aurais aimé notamment investiguer sur les altcoins suivants : Sinovate, Snowblossom, Mochimo, SWAP, Bitcash, Turtlecoin, Bittube, Conceal,…
Ma méthodologie et surtout mes compétences techniques ne me permettent donc pas d’approfondir mes recherches sur les microcaps alors que cela permettrait de repérer les projets prometteurs au plus tôt après leur phase de démarrage.

1.4 Conclusion

J’espère que cet article vous aura apporté un regard différent sur les écosystèmes miniers et les altcoins proof of work. N’ayant pas trouvé de littérature francophone ou anglophone sur le sujet, il me semblait intéressant de pouvoir analyser et partager mes recherches sur les activités minières qui constituent aujourd’hui, pour moi, le poumon économique du marché des crypto monnaies avec tous les enjeux que cela représente comme j’ai pu l’étayer tout au long de cet article. Elle pourrait être plus complète et consistante en intégrant des champs d’analyses supplémentaires, mais étant donné le temps réduit dont je bénéficie, je trouve qu’elle permet déjà de faire ressortir suffisamment d’éléments pertinents. Cette analyse « mining » doit bien sûr être complétée par une analyse fondamentale plus générale bien qu’elle puisse, sur certains projets, et au vu des résultats, se suffire à elle-même,….
En guise de conclusion, je vous laisse, pour votre plaisir, la dernière analyse que j’ai réalisée le 20 juin 2019 avec des éléments permettant de comparer celle-ci à celle réalisée en avril 2019. Je vous en souhaite une bonne dégustation !

Rowenta01 

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